Les phases psychologiques
de la maladie
Introduction :
La médecine s'interroge aujourd'hui sur les
conséquences psychologiques, immédiates
et différées, des traitements qu'elle
administre et des conséquences vécues
par les patients cancéreux.
La transformation radicale des possibilités
thérapeutiques a changé l'horizon des
malades. Le cancer est souvent devenu une affection
chronique associée à un avenir incertain
alors qu'encore récemment il offrait une issue
fatale. L'équipe soignante doit ainsi favoriser
la réadaptation et la réhabilitation
des patients, ce qui élargit d'autant son champ
d'intervention.
Le cancer est à l'origine d'une série
de réactions qui peuvent être émotionnelles
ou comportementales. Le patient doit s'adapter à
chaque phase et à chaque stade de sa maladie.
Les réactions des patients, très variables
d'une personne à l'autre, s'articulent autour
des moments charnières de l'évolution
de la maladie.
La phase des premiers symptômes :
Dès la perception des premiers symptômes,
le malade est confronté à une nouvelle
réalité physique, inattendue, parfois
douloureuse, et qui a pour caractéristique
d'être extrêmement changeante. Des perceptions
jusque là inconnues doivent désormais
être intégrées : douleur, fatigue,
perte d'appétit, perte de poids, apparition
de signes anormaux...
Les premiers symptômes ne coïncident pas
forcément dans le temps avec la décision
de consulter. Le déni, mécanisme par
lequel un état de connaissance douloureux est
ignoré, banalisé ou évacué,
peut retarder la consultation médicale.
Plusieurs facteurs ont été évoqués
pour expliquer le délai de prise de décision
de consulter :
- le déni de la réalité,
- la peur des examens, de souffrir,
- l'image de soi, l'indépendance psychologique,
- la peur d'une maladie grave.
Le délai de consultation est aussi fonction
de la vitesse de la croissance tumorale.
Aujourd'hui, le dépistage de certains cancers
permet d'intervenir avant même les premiers
symptômes.
La phase du diagnostic :
La détresse émotionnelle du patient
fluctue pendant la maladie mais vit son pic au moment
du diagnostic
L'idée "j'ai un cancer", lorsqu'elle
est intégrée par un patient provoque
une révolution psychologique. Le patient est
alors placé face au futur et à la durée
de sa vie. Après le choc du diagnostic, le
patient a besoin de se resituer par rapport à
son environnement immédiat; ce temps d'adaptation
est très variable chez chacun.
La confirmation du diagnostic est souvent associée
à une sentence de mort et à une catastrophe.
Les préoccupations sont alors essentiellement
existentielles : mort, vulnérabilité,
détresse émotionnelle (pessimisme, désespoir,
anxiété) s'associant à une remise
en cause des relations familiales, amicales et professionnelles.
Cette période dure en général
environ 3 mois.
La période où se situe le début
de la maladie dans le cycle de la vie du patient est
également fondamentale pour mieux comprendre
les conséquences psychologiques de celui-ci.
La peur, l'anxiété et la dépression
touchent énormément de malades lorsque
la maladie se déclenche. Des sentiments d'impuissance
et de solitude s'y associent aussi pour mener parfois
vers un pessimisme pas toujours justifié par
le bilan clinique.
Déni et acceptation alternent souvent et forment
les mécanismes qui permettent dans un second
temps une adaptation plus stable. Le déni aide
souvent les malades à relativiser les menaces
et les rend plus tolérables et plus simples
à gérer. Cependant, si le déni
constitue parfois un mécanisme de défense
efficace, élaboré pour se protéger
d'une réalité trop douloureuse, son
utilisation peut aussi laisser supposer une fragilité
de l'individu lors des phases ultérieures.
Les réactions de fuite des malades existent
aussi chez les patients. Elles varient d'une mauvaise
adaptation au refus de traitement. Elles justifient
aussi parfois le recours exclusif ou en association
avec un traitement conventionnel aux médecines
parallèles plus aléatoires et dont le
bénéfice n'est pas démontré.
La phase de traitement :
Les procédures thérapeutiques sont
aujourd'hui multiples, qu'il s'agisse de chimiothérapie,
de radiothérapie, de chirurgie ou d'immunothérapie.
Les soins "supportifs" destinés
à contrôler et traiter des conséquences
biologiques, psychologiques et sociales des affections
cancéreuses sont en plein accroissement. En
effet, la détresse des malades est fréquemment
liée au caractère "invasif"
des méthodes d'investigation, de traitement
et à l'entrée dans un univers très
médicalisé jusque là inconnu.
L'anxiété survient souvent dans des
situations de menace ; elle anticipe les dangers ce
qui aide le patient à diminuer l'effroi et
la surprise. L'absence d'anxiété, elle,
mène souvent à des réactions
dépressives dans les cas où la réalité
créée par le cancer est pire que ce
que le patient a pu anticiper. Par contre, une anticipation
dramatisée de la réalité future
aide souvent le malade qui récupère
ainsi plus rapidement.
Il est important de souligner que certains malades
qui refusent un traitement peuvent parfois l'accepter
une ou deux semaines plus tard. En effet, certains
patients ont du mal à prendre une décision
s'ils en sont encore dans la phase d'évaluation
de la situation à laquelle ils sont confrontés.
Ainsi, une proposition de traitement peut parfois
davantage aboutir lorsque cette phase d'évaluation
sera achevée.
Enfin, certains patients refusent plus tard un traitement
qu'ils ont préalablement accepté au
moment du diagnostic. Une adhésion ultérieure
peut toujours être espérée à
condition d'une excellente relation médecin-malade.
Car en effet, si celle-ci est entamée, il est
fréquent de voir un patient consulter ailleurs
ou avoir recours à des alternatives thérapeutiques
peu crédibles et auprès de certaines
personnes abusant de la situation de détresse
du malade.
- La chirurgie
Le traitement chirurgical entraîne des réactions
aiguës, que ce soit en phase préopératoire
ou en phase postopératoire.
L'information préalable du chirurgien doit
être claire, en expliquant les risques post-opératoires
éventuels.
- La chimiothérapie
Les réactions psychologiques sont proportionnées
au degré de tolérance variable chez
chaque patient. Parfois les effets secondaires sont
anticipatoires aux traitements tellement le patient
est anxieux.
- La radiothérapie
Les traitements par radiothérapie provoquent
une réaction en rapport avec les effets secondaires
qui les accompagnent : nausées, vomissements,
fatigue...
En début de radiothérapie, le patient
est anxieux. Il craint les effets secondaires du
traitement, les procédures d'administration
et parfois doute dans l'efficacité du traitement.
Une fois la procédure lancée, les
séances sont répétitives et
connues du malade.
Les phases de rémission et de guérison
:
La fin des traitements constitue un stress particulier
après avoir vécu et subi les phases
précédentes.
Les patients se sentent alors souvent déboussolés,
abandonnés, perdant le sentiment de contrôle
que procurait l'administration des traitements. La
peur de la rechute survient alors et s'associe à
un sentiment de vulnérabilité. Cette
anxiété en réalité ne
disparaît jamais. La méconnaissance de
l'origine du cancer contribue à cette anxiété
naturelle.
L'expérience du cancer est une crise nécessitant
une série d'adaptations continues. La transition
de l'état de malade à celui de survivant
constitue un nouveau changement suscitant à
la fois enthousiasme et anxiété. Les
séquelles, lorsqu'elles existent (par exemple
poche de colostomie), peuvent provoquer un ensemble
de difficultés de réadaptation lors
du retour à une vie normale. Le passage de
la rémission à la guérison ne
peut donc pas se faire de manière radicale.
D'autant que bien des patients restent insécurisés
au moment des bilans de suivi.
Les phases de rémission et de guérison
peuvent être associées à des difficultés
de réinsertion familiale et conjugales. Il
est donc fondamental que le malade continue à
vivre pendant son traitement une vie la plus normale
possible, en particulier avec des projets personnels
et familiaux.
La phase de rechute :
L'annonce de la rechute replonge le malade dans la
crise vécue lors du premier diagnostic à
laquelle se rajoute aussi une grande déception.
Elle s'accompagne parfois d'une révolte contre
l'équipe médicale.
La phase de la rechute, lorsqu'elle s'associe à
une détérioration générale,
s'accompagne souvent de symptômes d'irritabilité,
de fatigue, d'anorexie et de dépression.
Les nombreux progrès intervenus ces dernières
années permettent de ralentir une partie des
rechutes pour lesquelles une stratégie thérapeutique
à court, moyen et long terme peut être
mis en place.
La phase pré-terminale et terminale
:
L'acceptation totale et sereine de la mort n'est
malheureusement pas généralisée.
Le malade est alors confronté à :
- obtenir de ceux qui lui sont chers de pouvoir
mourir,
- se désinvestir progressivement de toutes
les personnes et possessions.
La peur de mourir signifie :
- la peur de la séparation,
- la peur de laisser les autres démunis,
- la peur de ne pouvoir résoudre des problèmes
concrets,
- la peur de la douleur et de la souffrance.
Pour beaucoup, elle s'inscrit dans une évolution
naturelle, mais il reste qu'un processus de maturation
et d'acceptation doit se faire.
L'accompagnement des familles, une information précise
du patient, le développement des soins de confort
ou soins palliatifs, le traitement de la douleur,
une discussion franche et sincère entre patient
et médecin oncologue, aident à passer
cette étape le mieux possible.