La radiothérapie

Définition

La radiothérapie consiste à exposer une partie précise du corps à des radiations. On utilise pour cela des radiations ionisantes : rayons X et électrons produits par les accélérateurs linéaires, plus rarement maintenant les rayons gamma produits par les « bombes au cobalt ». Les protons et neutrons sont d’utilisation exceptionnelle.

La radiothérapie est une arme thérapeutique efficace contre le cancer. Elle occupe une des toutes premières places au côté de la chirurgie, à laquelle elle est parfois associée et de la chimiothérapie dans le traitement contre le cancer.

Le traitement par radiothérapie du cancer du rectum

Auteur : Dr Philippe Colin

Principes et méthodes

  • Principes
    La radiothérapie agit en ionisant les acides nucléiques (l’ADN et l’ARN) des cellules traitées, c’est-à-dire qu’elle fragilise les molécules des cellules cancéreuses, les tue ou les rend incapables de se multiplier. Elle entraîne une altération des chromosomes, perturbant les divisions cellulaires des tumeurs.Cependant, les rayonnements ionisants tuent aussi les cellules saines. La radiothérapie a donc besoin de savoir où se localise exactement la tumeur et il est impératif de ne pas utiliser des doses trop fortes afin de ne pas endommager les cellules saines.Le terme radiation signifie exposition à des rayons.L’unité de mesure des rayons est le Gray.En radiothérapie, les doses nécessaires sont des dizaines de milliers de fois supérieures à celles nécessaires pour obtenir une radiographie. Dans l’utilisation des rayons X, le facteur primordial est la quantité de rayons utilisés. A faible dose et sous faible fréquence d’exposition, les rayons X sont quasi-inoffensifs et fournissent des images de l’intérieur du corps sous forme de radiographies. Employés à dose moyenne ou à fréquence plus élevée, ils peuvent altérer les acides nucléiques qui forment le code des cellules et même engendrer des cancers. A fortes doses et à fréquence élevée, les rayons X vont complètement détruire les acides nucléiques du noyau cellulaire qu’ils atteignent, provoquant ainsi la mort retardée des cellules irradiées. En détruisant les acides nucléiques des cellules cancéreuses, ils empêchent ces cellules de se multiplier et de survivre.La radiothérapie peut être utilisée après une opération et en addition avec d’autres traitements tels que la chimiothérapie et l’hormonothérapie.La radiothérapie agit localement sur la région que l’on irradie ; ainsi, son action se limite à la tumeur et à la région avoisinante de la tumeur irradiée. C’est donc un traitement locorégional, à la différence de la chimiothérapie ou l’hormonothérapie qui sont des traitements agissant sur l’ensemble de l’organisme.Il est donc important de bien comprendre que la chimiothérapie, l’hormonothérapie et l’immunothérapie sont des traitements systémiques c’est-à-dire qu’ils agissent sur l’ensemble du corps. Ils s’attaquent aux métastases à distance ainsi qu’à la tumeur locale si elle n’a pas été retirée par un acte chirurgical.A la différence, la radiothérapie et la chirurgie sont des traitements loco-régionaux qui concentrent eux leur action au niveau de la tumeur ou de son ancien site et sa région avoisinante.
  • MéthodesLes appareils modernes utilisés « de haute énergie » sont représentés par les accélérateurs nucléaires. L’utilisation des appareils au cobalt-60 ou  » bombes au cobalt  » disparaît progressivement.Ces rayonnements pénétrants permettent d’administrer en profondeur des doses élevées tout en épargnant les tissus sains.Il existe en effet une différence importante en termes de réparation tissulaire entre les tissus normaux et les tissus cancéreux entre chaque séance. Les tissus normaux peuvent se réparer plus facilement que les tissus tumoraux. Ceci explique que la radiothérapie est administrée d’une façon fractionnée sur des périodes de plusieurs semaines de façon à créer un effet différentiel entre la destruction des tissus sains et celle des tissus tumoraux.

Préparation au traitement et traitement

Il est important de savoir qu’avant tout commencement d’un traitement par radiothérapie, le dossier du patient a été transmis au médecin radiothérapeute et son cas discuté et analysé.

Une première consultation consistera donc en un entretien avec le médecin afin de définir le traitement approprié par rapport au passé médical du patient.

Après accord du patient sur le traitement, les différentes étapes lui seront expliquées.

    • Les moulages

Parfois, il est nécessaire de réaliser :

– un système de contention permettant l’immobilisation parfaite du patient pendant la séance,

– une coquille en plastique pour le corps, oreiller, etc… Une préparation en salle de moulage est alors demandée avant la séance de simulation.

  • La simulation ou centrage

La séance de planification ou simulation nécessite généralement 15 à 60 minutes.

Le simulateur est un appareil de radiologie spécifique qui permet de planifier précisément le traitement du patient en simulant les paramètres de l’irradiation prévue. Ce n’est donc pas un appareil de traitement.

Le technicien installe le patient en position sur une table et, avec le radiothérapeute et le physicien, détermine les régions qui doivent être traitées. Le radiothérapeute examine alors les régions proposées au traitement à l’aide d’un écran de télévision et adapte le traitement en fonction des besoins du patient. Une radiographie est enfin prise pour donner un cliché permanent de la région à traiter.

  • Les marques

Une fois la simulation terminée, le technicien marque la région à traiter sur la peau du patient à l’aide d’un stylo feutre et fait quelques petits tatouages. Ces marques permettent au patient de se positionner avec précision sur la machine. Le technicien indique alors au patient combien de temps il devra conserver ces marques sur sa peau. Si un moulage en plastique est réalisé, les marques sont faites à l’encre sur la coquille et non sur la peau.

    • Les calculs

A cette étape, le technicien en radiothérapie et le physicien doivent réaliser les calculs nécessaires pour planifier le traitement. Ces calculs peuvent nécessiter plusieurs heures ou plusieurs jours. Une fois le plan approuvé par le radiothérapeute, le traitement peut commencer.

    • Le traitement

Chaque séance de traitement dure environ 15 à 30 minutes : la plus grande partie de la séance est occupée à installer correctement le patient (position allongée sur une table type table de radiologie) ; les expositions aux radiations ne durent qu’environ 1 à 2 minutes. Le technicien quitte la pièce pendant les radiations mais il entend et peut parler au patient à l’aide d’un système d’interphone. Il voit également le patient et peut l’observer sur un écran. Enfin, le traitement s’arrête automatiquement lorsque la dose prescrite a été administrée au patient.

Même si les appareils sont parfois impressionnants, il est important de noter que le traitement ne provoque aucune douleur.

Le fractionnement (4 à 5 séances par semaine) pendant 3 à 7 semaines selon les cas est indispensable pour éviter les effets secondaires à long terme (séquelles).

Les résultats

Grâce à l’apparition des hautes énergies, les cancers dits autrefois incurables sont désormais bien guéris grâce à la radiothérapie.

Mais l’effet de la radiothérapie est souvent lent et différé par rapport aux séances délivrées.

Les différents oncologues spécialistes ont donc compris qu’ils devaient coopérer soit en se répartissant les zones à traiter soit en se succédant sur une même zone cancéreuse, d’où l’importance du staff multidisciplinaire (chirurgiens, radiothérapeutes, oncologues)

Ainsi, selon les cancers, le radiothérapeute traite la tumeur primitive et le chirurgien les aires ganglionnaires ou vice versa. Pour d’autres, l’irradiation est effectuée avant ou après l’intervention chirurgicale. Chimiothérapeutes et radiothérapeutes peuvent également se succéder dans la séquence des événements thérapeutiques.

Les effets secondaires

Ils ne s’observent que dans la zone irradiée (pas de chute de cheveux sauf si le crâne est irradié). Ils apparaissent progressivement avec l’accumulation des séances. Ils se résument essentiellement en des phénomènes inflammatoires (type brûlures internes ou externes) mais sont réversibles à l’arrêt du traitement en quelques jours.

Les effets secondaires tardifs irréversibles ou les séquelles sont très rares et sont souvent liés à la nécessité d’utiliser de fortes doses pour obtenir une guérison.

Le fractionnement des séances permet de limiter au maximum les effets secondaires tardifs (séquelles).