Les essais thérapeutiques

Participer aux essais thérapeutiques : oui ou non ?

Accepter de participer à une étude clinique est une vraie opportunité car cela peut faire bénéficier dans certains cas d’avancées majeures.

Pour une bonne adhésion des patients au projet de recherche -lorsque ces derniers acceptent d’y participer- il est important de bien comprendre ce dont il s’agit.

C’est l’objectif de cet article originellement publié en mai 2006.

Puisse cette lecture dédramatiser la notion de recherche clinique et nous permettre d’avoir de nombreux patients acceptant de partager avec nous ces grands espoirs thérapeutiques pour lutter contre le cancer.

Participer à un essai thérapeutique, ça sert à quoi ?

Auteur : Dr David Malka

I. Qu’est-ce que la recherche clinique ?
II. Qu’est-ce qu’un essai thérapeutique ?
III. Les différentes phases des essais thérapeutiques
IV. Participer à un essai thérapeutique : quels sont les pour et les contre ?
V. Tout malade peut-il participer à un essai thérapeutique ?
VI. Quelles sont les droits et garanties du patient ?
VII. La réglementation au service des patients
VIII. En conclusion…

I. Qu’est-ce que la recherche clinique ? Cliquer pour revenir en haut de page

Entre le moment où une substance chimique naît dans un laboratoire et le moment où le médicament peut être délivré à un patient, s’écoule une longue période d’une durée d’environ 7 à 12 ans.

Deux étapes se succèdent :

  • une première étape pré-clinique : ces études menées en laboratoire et sur l’animal (« le cobaye ») ont pour but d’étudier l’efficacité du produit sur la cellule et la toxicité aigue sur l’animal. Ainsi est constitué par le laboratoire un « dossier pré-clinique » soumis au de la Santé qui doit établir la validité et le sérieux du dossier. Lorsque le dossier est validé, la molécule peut alors être testée sur l’homme.
  • une deuxième étape clinique : c’est la période d’étude chez l’homme.

Lors de cette étape, les essais cliniques de médicaments poursuivent 3 objectifs essentiels :

  • établir ou vérifier, selon le cas, certaines données pharmacodynamiques (dont le mécanisme d’action du médicament),
  • thérapeutiques (efficacité et effets indésirables)
  • pharmacocinétiques (modalités d’absorption, de distribution, étude du métabolisme et de l’excrétion des substances actives).

Ainsi, participer à un essai thérapeutique ne signifie pas être « cobaye ».
En effet, avant de pouvoir être administré à l’homme, un médicament connaît une longue phase de développement durant laquelle il démontre son potentiel d’efficacité.

II. Qu’est-ce qu’un essai thérapeutique ? Cliquer pour revenir en haut de page

Un essai thérapeutique est une étude contrôlée visant à préciser, sur une population à critères sélectionnés et particulièrement surveillée, les effets d’un médicament ou d’un traitement.

Autrement dit, un essai thérapeutique a pour but d’évaluer de nouveaux moyens de traiter une pathologie.

Un essai thérapeutique peut tester :

  • de nouveaux médicaments ou un médicament déjà connu mais qui n’a pas encore été utilisé contre ce type de maladie,
  • d’autres approches thérapeutiques,
  • de nouvelles combinaisons de traitement,
  • de nouvelles méthodes de traitement,
  • de nouvelles techniques de prévention.

Par ailleurs, les médecins cliniciens s’attachent toujours à apporter une réponse positive aux questions suivantes :

  • le médicament est-il actif sur la tumeur et augmente-t-il l’espérance de vie ?
  • le nouveau médicament est-il plus efficace que le médicament standard habituellement utilisé ?
  • le médicament a-t-il des effets positifs sur la qualité de vie par exemple diminue-t-il la fatigue, les effets secondaires, les risques de perte de poids, etc ?
  • enfin, le médicament accroît-il les périodes de rémission avant une possible rechute ?

Pour conclure, si un nouveau traitement démontre son efficacité, il devient alors un nouveau traitement de référence offert à une multitude de patients. Ainsi, les traitements de référence d’aujourd’hui sont le fruit des essais thérapeutiques réalisés dans le passé.

Retenez que quel que soit le traitement qui vous est proposé, celui-ci est conçu pour que vous ne perdiez aucune chance. Cela veut dire que vous recevrez au minimum les mêmes soins et tous les soins que vous êtes en droit d’attendre pour traiter votre maladie  » selon l’état actuel de la science « , que vous participiez ou non à un essai.

Mais si vous êtes inclus dans un essai thérapeutique, vous bénéficierez d’un traitement plus performant avant que celui-ci ne soit plus généralement appliqué ou commercialisé.

III. Les différentes phases des essais thérapeutiques Cliquer pour revenir en haut de page

Les essais thérapeutiques se décomposent en 4 phases. A chaque étape, le programme de recherche peut être arrêté si le médicament est jugé trop toxique ou ne se révèle pas assez efficace.

Les essais de phase I

Les premières études cliniques sont proposées à des patients qui ne répondent pas aux traitements conventionnels. Un nouveau produit pourrait permettre de lutter contre la maladie. L’objectif des essais de phase I est de déterminer la posologie optimale et de définir le profil de tolérance. Tous les patients ne reçoivent pas la même dose de traitement. Des prises de sang à intervalle régulier permettent de contrôler les concentrations effectives du produit dans l’organisme. Pour garantir les meilleures conditions sécuritaires, seuls quelques centres sont habilités à mettre en place ce type d’étude.

Les essais de phase II

Les études de phase II sont réalisées selon les doses établies grâce aux résultats de phase I. Le but est alors de déterminer l’activité antitumorale du produit et de définir un profil d’efficacité pour un type de cancer.

Les essais de phase III

Seules les molécules qui semblent suffisamment efficaces poursuivent leur développement en phase III. A ce stade, le nouveau produit est directement comparé au traitement conventionnel pour une indication précise. Les patients reçoivent, de façon aléatoire, soit la chimiothérapie qui leur aurait été habituellement prescrite, soit le produit en cours d’évaluation, seul ou parfois associé à la même chimiothérapie. Afin de limiter toute subjectivité dans l’attribution des traitements, le choix se fait par tirage au sort. Les résultats des études de phase III permettront de conclure si le nouveau produit s’avère être ou non plus efficace que le standard. D’autre part, certains essais de phase III peuvent comparer des stratégies thérapeutiques en utilisant les mêmes molécules mais selon des doses ou des schémas d’administration différents.

Les essais de phase IV

Au terme de ces trois phases, le nouveau médicament aura pu démontrer son bénéfice, mais il ne disposera pas encore du recul et de l’expérience du traitement standard. Pour qu’il puisse devenir à son tour un médicament de référence, des observatoires sont mis en place. Il s’agit alors de collecter des données complémentaires sur la tolérance à long terme.

IV. Participer à un essai thérapeutique : quels sont les pour et les contre ? Cliquer pour revenir en haut de page

Il est indispensable de peser les pour et les contre d’une participation à un essai.

Les pour :

  • Le traitement offert est potentiellement plus efficace que le traitement de référence ou standard,
  • Les patients sont davantage suivis et reçoivent de la part des médecins une plus grande qualité de soins,
  • Les participants à un nouveau traitement bénéficient en priorité des effets positifs de ce traitement,
  • Les résultats acquis peuvent être profitables à d’autres patients dans le futur et plus des patients participent aux protocoles plus la recherche avance vite,
  • Il est toujours possible pour un malade participant à un essai clinique de voir son médecin de famille ou le premier médecin qu’il a consulté,
  • Le patient peut toujours se retirer de l’essai tel qu’il est prévu dans le consentement éclairé, sans conséquence,
  • Le patient a le droit d’être informé des résultats globaux de la recherche à laquelle il a participé,

Les contre :

  • Le traitement proposé pourrait s’avérer moins efficace que le traitement standard,
  • Les risques ou les effets secondaires du traitement peuvent être inattendus ou inconnus,
  • Les patients ne peuvent pas toujours choisir le traitement qui leur est administré,
  • Le patient peut être amené à se déplacer dans un autre centre hospitalier pour suivre l’essai, car les études cliniques se font dans des services spécialisés.

En conclusion, si vous participez à un essai thérapeutique, vous vous offrez les meilleures chances de guérir.

Mais parce que vous êtes le seul à prendre ultimement la décision de participer ou non à un essai thérapeutique, il est fondamental que vous vous renseigniez auprès de votre médecin sur votre maladie et les essais adaptés à votre cas.

V. Tout malade peut-il participer à un essai thérapeutique ? Cliquer pour revenir en haut de page

Chaque essai thérapeutique est dirigé par un médecin qui coordonne et surveille la réalisation de la recherche : c’est l’investigateur principal. Celui-ci rédige le « protocole » expliquant le but de l’essai et comment il sera conduit.

Dans une étude multicentrique c’est-à-dire menée dans plusieurs centres de traitement, il y a un investigateur par centre supervisé par l’investigateur principal.

Mais chaque essai thérapeutique vise un objectif précis et s’inscrit dans un cadre strict.

En effet, le « protocole » doit inclure :

  • les raisons de sa mise en place,
  • combien de personnes seront incluses,
  • qui est éligible pour entrer dans l’essai,
  • quels sont les médicaments utilisés,
  • le type de tests qu’auront à subir les patients et leur rythme,
  • une note d’information qui détaille l’essai,
  • un consentement éclairé du patient.

Retenez qu’un essai thérapeutique définissant des critères d’inclusion stricts (type de maladie, âge, antécédents familiaux, autres traitements reçus…), vous devez réunir ces critères d’éligibilité pour pouvoir participer à l’essai.

VI. Quelles sont les droits et garanties du patient ? Cliquer pour revenir en haut de page

  • Le patient a le droit d’être clairement et totalement informé par son médecin : L’information délivrée par le médecin doit être claire, loyale et objective.
  • des objectifs de l’essai et de son intérêt,
  • du bénéfice et des risques attendus,
  • de ses modalités et contraintes.
  • Avant de participer à l’essai qui lui est proposé, le patient reçoit un consentement éclairé, document écrit dont il doit rigoureusement prendre connaissance avant de le signer.

Sa signature implique que le patient a reçu toutes les informations relatives à sa participation à l’essai, incluant les bénéfices attendus et les risques.

  • Le patient est donc libre de participer à l’essai ou non après avoir posé toutes les questions à son médecin.
  • Aucun patient ne peut donc être inclus dans un essai thérapeutique à son insu.
  • En acceptant de participer à un essai thérapeutique, le patient est assuré d’un suivi particulièrement rigoureux imposé par le traitement.
  • Enfin, un patient est toujours libre de choisir s’il souhaite poursuivre sa participation à l’essai ou s’il souhaite en sortir, sans aucune conséquence pour lui.

Au-delà de ces droits qui vous protègent, retenez que votre médecin ne vous proposera jamais de participer à un essai thérapeutique si vous ne pouvez en espérer un bénéfice.

VII. La réglementation au service des patients Cliquer pour revenir en haut de page

La réalisation des essais thérapeutiques est encadrée par des textes de lois et des recommandations de bonne pratique clinique visant à protéger au mieux les patients qui y participent.

En effet, un essai thérapeutique ne peut être mis en place s’il est contraire aux principes fondamentaux d’éthique.

Un peu d’histoire…

C’est en 1947 avec le Code de Nuremberg qu’apparurent les premières recommandations d’ordre éthique mettant l’accent sur une disposition essentielle : le consentement éclairé du patient.

Plus tard, furent rédigées des recommandations concernant la protection des personnes participant à la recherche biomédicale.

Ainsi, l’Association Médicale Mondiale a adopté en 1964 la Déclaration d’Helsinki en vue de constituer un guide destiné à tout médecin procédant à une telle recherche. Cette Déclaration, dans son introduction, « constitue une déclaration de principes éthiques dont l’objectif est de fournir des recommandations aux médecins et autres participants à la recherche médicale sur des êtres humains. Celle-ci comprend également les études réalisées sur des données à caractère personnel ou des échantillons biologiques non anonymes ».

L’ensemble de ces recommandations est opposable au plan universel même si les règles de soumission d’un essai thérapeutique à un comité d’éthique ou de protection des patients varient d’un pays à l’autre.

En France, à partir de 1981, le rapport Dangoumau sur l’expérimentation des médicaments stipulait la nécessité de recueillir systématiquement le consentement libre et éclairé des personnes sur lesquelles on expérimente. Ce rapport a servi de fondement pour la préparation de la loi Huriet du 20 décembre 1988 relative à la protection des personnes qui se prêtent à la recherche biomédicale. Cette loi définit la recherche biomédicale « comme des essais ou expérimentations organisés ou pratiqués sur l’être humain en vue du développement des connaissances biologiques ou médicales » ; elle doit être effectuée sous surveillance médicale.

En 1987, suite à l’avis publié par la Direction de la Pharmacie et du Médicament (Ministère de la Santé), les recommandations relatives aux Bonnes Pratiques Cliniques avaient été mises en place.

Aujourd’hui, les textes en vigueur au plan international sont ceux instaurés par l’ICH (International Conference on Harmonisation of Technical Requirements for Registration of Pharmaceuticals for Human Use) dont font partie les Etats-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon.

La protection des personnes se prêtant à la recherche biomédicale

Depuis la Directive européenne 2001/20/CE et la dernière modification de la loi Huriet-Sérusclat adoptée le 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, le cadre juridique strict qui régit la recherche biomédicale prévoit que les recherches biomédicales ne peuvent être effectuées que si elles sont réalisées :

  • sous la direction et sous la surveillance d’un médecin justifiant d’une expérience appropriée,
  • et dans des conditions matérielles et techniques adaptées à l’essai et compatibles avec les impératifs de rigueur scientifique et de sécurité des personnes qui se prêtent à ces recherches.

Avant le début de toute recherche biomédicale, le consentement écrit du patient doit être recueilli par le médecin investigateur afin de protéger les sujets qui s’y prêtent.

L’investigateur doit préalablement informer le patient, de manière claire, intelligible et loyale sur :

  • l’objectif, la méthode et la durée de la recherche,
  • le rapport risque/bénéfice,
  • ses droits : le sujet peut refuser de participer,
  • l’avis favorable délivré par le Comité de Protection des Personnes (CPP, anciennement dénommé CCPPRB) et l’autorisation de l’autorité compétente (AFSSAPS, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé ou le Ministre de la Santé).

Enfin, le patient est en droit d’être informé sur les éventuelles alternatives médicales, les modalités de prise en charge en fin de recherche ainsi que des résultats globaux de la recherche.

Le risque encouru par les participants à la recherche biomédicale

Les risques encourus par le patient doivent donc être limités au maximum. Ces risques ne doivent en aucun cas être disproportionnés par rapport aux bénéfices attendus par cette personne et à l’importance de l’objectif de la recherche.

Ainsi, aucune recherche biomédicale ne peut être effectuée sur l’être humain :

  • si elle ne se fonde pas sur le dernier état des connaissances scientifiques et sur une expérimentation préclinique suffisante,
  • si le risque prévisible encouru par les personnes qui se prêtent à la recherche est hors de proportion avec le bénéfice escompté pour ces personnes ou l’intérêt de cette recherche,
  • si elle ne vise pas à étendre la connaissance scientifique de l’être humain et les moyens susceptibles d’améliorer sa condition,
  • si la recherche biomédicale n’a pas été conçue de telle façon que soient réduits au minimum la douleur, les désagréments, la peur ou les contraintes pour les personnes qui s’y prêtent, ces conditions devant être constamment maintenues.

Les conditions de la recherche : les formalités administratives

Le promoteur d’un essai thérapeutique c’est-à-dire celui qui initie, vérifie le financement et assure la gestion de l’essai, est obligé de souscrire une assurance garantissant sa responsabilité civile et celle de tout intervenant.

Tout médecin investigateur désireux de mener une recherche biomédicale sur l’être humain est obligé de soumettre son projet et d’obtenir l’avis favorable du CCP de la région où il exerce son activité.

Pour respecter le secret professionnel, les données de chaque patient collectées dans un document nominatif appelé « cahier d’observation » sont traitées anonymement et les patients sont protégés par la loi informatique et liberté de la CNIL.

Le Comité de Protection des Personnes ou CCP rend son avis sur :

  • la nécessité d’un délai de réflexion,
  • la pertinence de la recherche, l’évaluation du rapport bénéfice/risque et le bien-fondé des conclusions,
  • l’adéquation entre les objectifs poursuivis et les moyens mis en œuvre,
  • la qualification des investigateurs,
  • les modalités de recrutement des participants,
  • le montant et modalités de rétribution des investigateurs.

La transparence de la recherche

Si un essai porte sur un médicament, il devra préalablement aux avis rendus par le CCP ou l’autorité compétente (AFSSAPS ou Ministre de la Santé) obtenir un numéro EUdraCT en inscrivant cet essai sur une base de donnée européenne dénommée EUdraCT.

Cette base sert à alimenter la base européenne pour les recherches sur les médicaments.
Elle sera théoriquement accessible au grand public et comprendra l’intégralité des avis rendus par les CCP.

Les représentants des associations de malades ou d’usagers du système de santé pourront obtenir la communication des éléments pertinents du protocole figurant sur la base de données nationale, cette dernière contenant les répertoires de recherches biomédicales autorisées.

Retenez le principe général : votre intérêt et votre bien-être priment toujours sur l’intérêt de la science et de la société.

VIII. En conclusion… Cliquer pour revenir en haut de page

Les médicaments d’aujourd’hui sont utilisés parce que des patients ont accepté de participer à des programmes de recherche dans le passé.

Les traitements de demain ne pourront apporter la preuve de leur efficacité sans votre concours et celui des autres patients d’aujourd’hui.
Les essais thérapeutiques visent avant tout un bénéfice thérapeutique direct pour vous patient : vous augmentez ainsi vos chances car vous avez accès aux traitements les meilleurs dans l’état actuel de la science.