Les cancers digestifs : définition, symptômes, prévention

Définition

Les cancers digestifs désignent l’ensemble des tumeurs malignes qui se développent avec comme point de départ le tube digestif :

  • l’œsophage
  • l’estomac
  • l’intestin grêle
  • le côlon
  • le rectum et l’anus
  • le foie
  • les voies biliaires
  • le pancréas

Avec environ 90 000 nouveaux cas par an, les cancers digestifs représentent environ 25% des cancers en France.

Le cancer est une maladie qui touche la cellule, l’unité la plus petite du corps humain.

Il est en général constitué par la descendance d’une seule cellule devenue cancéreuse. L’oncogenèse a permis de comprendre les mécanismes de transformation d’une cellule saine en cellule cancéreuse : elle est due à l’accumulation d’un nombre suffisant de défauts à l’intérieur du génome d’une cellule.

Le corps humain est composé de multiples types de cellules. En temps normal, ces cellules grandissent et se divisent afin de produire davantage de cellules en fonction des besoins du corps. Il arrive cependant que des cellules continuent de se diviser sans que l’organisme en ait besoin, ces cellules “en trop” forment une masse de tissu appelée tumeur.

Une tumeur peut être bénigne ou maligne.

Une tumeur bénigne peut constituer un stade précancéreux et doit donc dans certains cas être retirée.

Les cellules contenues dans une tumeur maligne sont anormales et se divisent de façon totalement anarchique. Non seulement elles peuvent endommager les organes ou tissus alentours mais surtout, elles peuvent se détacher de la tumeur et pénétrer directement dans le sang ou le système lymphatique. Cette prolifération de cellules cancéreuses peut avoir un développement loco-régional et/ou à distance (métastase).

Le cancer est dénommé selon le type de cellule cancéreuse ou selon l’organe où il est né.

C’est pourquoi, lorsqu’un cancer devient métastatique, il conserve le même nom car la nouvelle localisation contient les mêmes cellules cancéreuses que celles de l’organe atteint au départ .

Chez l’homme, concernant les cancers digestifs, plusieurs années peuvent s’écouler entre l’apparition des premières cellules tumorales mais non cancéreuses et l’émergence d’un véritable cancer.

Symptômes

Les symptômes des cancers digestifs varient grandement selon la localisation de la tumeur dans le tube digestif, mais aussi selon le type de tumeur, sa taille, etc.

A un stade précoce, les cancers digestifs ne provoquent souvent que peu de symptômes, ou bien des symptômes pouvant facilement être négligés du fait de leur banalité, tels que les troubles du transit.

Si la maladie est plus avancée et qu’il existe des métastases, des douleurs peuvent survenir et l’état général peut s’altérer avec notamment une perte de poids significative et une grande fatigue générale.

Néanmoins certains symptômes seuls ou combinés doivent alerter, surtout si l’on se sait à risque (par exemple ayant la cinquantaine passée dans le cas du cancer colorectal) : les saignements digestifs, troubles importants de la digestion, et de fortes douleurs gastriques et abdominales.

Dépistage

S’agissant du dépistage, il n’existe pas une démarche commune pour l’ensemble des cancers digestifs.

Un des objectifs du dépistage est d’identifier puis de détruire des cellules précancéreuses afin d’éviter l’émergence d’un cancer susceptible d’envahir les tissus voisins.

Un dépistage est utile s’il permet de détecter une tumeur à un stade où on peut encore la traiter (le plus souvent par intervention chirurgicale). Les techniques utilisées doivent être suffisamment sensibles et spécifiques, d’un coût acceptable, facile à réaliser et non dangereuses.

Par ailleurs, la mise en œuvre d’un programme national de dépistage dépend du taux d’incidence des maladies : le rapport entre l’investissement financier nécessaire sur de grandes populations et le but du dépistage – qui est la diminution de la mortalité par le cancer en question – doit être favorable.

A ce jour, concernant les cancers digestifs, seul le cancer colorectal a son programme national de dépistage : un test immunologique s’adressant à l’ensemble de la population après 50 ans, et qui permet de diminuer la mortalité du cancer colorectal de 15 à 20 %.

Pour les autres cancers digestifs, il n’existe pas de recommandation particulière permettant de faire un diagnostic précoce, en dehors de situations génétiquement déterminées ou de l’existence de certaines pathologies chez le patient.

Néanmoins, les personnes à risque (moyen, élevé ou très élevé) de survenue d’un cancer digestif bénéficient d’une prise en charge spécialisée, permettant ainsi de faciliter son dépistage.

Facteurs externes

La survenue d’un cancer peut être favorisée par des facteurs externes : ceux liés à notre comportement, nos habitudes de vie, et d’autres qui proviennent de notre environnement et pour lesquels nous n’avons peu voire pas de contrôle.

Certains facteurs de risque en relation avec des cancers digestifs spécifiques sont bien établis (ex.: la consommation excessive d’alcool est la première cause de survenue d’un cancer du foie en France) alors que d’autres facteurs, bien que probants, sont plus difficiles à mesurer. C’est notamment le cas de l’alimentation.

Depuis les années 90, des progrès considérables ont été faits dans le domaine de l’épidémiologie nutritionnelle (étude statistique des liens entre l’alimentation et la santé). En dépit de ces avancées, l’établissement d’une relation de cause à effet entre les facteurs alimentaires et l’apparition d’un cancer est extrêmement difficile à établir.

Ces éléments alimentaires doivent cependant être analysés car ils font partie des principaux facteurs environnementaux susceptibles d’expliquer les différences de fréquence des cancers digestifs ou extra-digestifs selon les populations et le niveau socioéconomique.

De manière générale, il est recommandé d’avoir un régime équilibré et varié, riche en fruits et légumes, de lutter contre le surpoids, d’avoir une activité physique régulière, d’éviter de fumer, et de ne pas consommer d’alcool de manière excessive.

Certains virus ou bactéries favorisent l’apparition des cancers digestifs. C’est notamment le cas des virus des hépatites virales B ou C pour le cancer du foie, et de l’infection par helicobacter pylori (HP) pour le cancer de l’estomac.

Les facteurs de risques environnementaux tels que les pesticides, les PFAS ou la pollution aux microplastiques sont à ce jour peu étudiés dans les cancers digestifs.

Les causes génétiques des cancers digestifs

Le syndrome de Lynch :

Le syndrome de Lynch, anciennement appelé syndrome HNPCC (Hereditary Non Polyposis Colon Cancer) est une prédisposition génétique au cancer, en particulier :

  • du côlon et du rectum ;
  • de l’endomètre (corps de l’utérus) ;
  • des ovaires ;
  • et plus rarement de l’estomac, de l’intestin grêle, des voies urinaires excrétrices ou biliaires, de la peau, de la prostate et du pancréas.

On parle de « spectre Lynch » pour désigner l’ensemble des cancers associés au syndrome de Lynch. Cette prédisposition est liée à une mutation (variant pathogène) survenant dans un gène impliqué dans les mécanismes de réparation de l’ADN (système MMR/mismatch repair ; gènes MLH1, PMS2, MSH2, MSH6, EPCAM). En conséquence, des altérations génétiques s’accumulent dans les cellules, ce qui augmente le risque de développer certains cancers qui surviennent aussi plus précocement que ce qui est observé dans la population générale.

Le syndrome de Lynch est une maladie héréditaire, qui se transmet selon un mode autosomique dominant : chaque personne porteuse possède un gène altéré (avec variant pathogène) et un gène normal et à chaque grossesse il y a 1 risque sur 2 de transmettre le variant pathogène à l’enfant, quel que soit son sexe. C’est pourquoi on observe fréquemment plusieurs cancers du « spectre Lynch » au sein d’une même famille, parfois sur plusieurs générations. Toutefois, être porteur d’un syndrome de Lynch ne signifie pas que l’on développera forcément un cancer (le risque est augmenté, mais pas de 100 % au cours de la vie).

Les médecins peuvent évoquer un syndrome de Lynch notamment lorsque :

  • Plusieurs membres d’une même famille ont présenté un cancer du côlon, du rectum, de l’endomètre ou de l’ovaire ;
  • Un de ces cancers survient avant 50 ans ;
  • Une même personne développe plusieurs cancers du spectre ;
  • L’analyse de la tumeur montre une instabilité microsatellitaire (MSI) ou la perte d’expression d’une protéine du système MMR.

Dans ces situations, le médecin peut alors proposer une consultation d’oncogénétique : un(e) spécialiste y retrace l’histoire familiale des antécédents personnels et familiaux de cancers, explique les enjeux, les bénéfices et les limites d’un éventuel test génétique, et répond aux questions médicales ou familiales. Si cela est indiqué, une prise de sang pour analyse est proposée et permettra d’analyser les gènes du système MMR afin d’identifier un éventuel variant pathogène. Si un variant pathogène est détecté, une information familiale sera obligatoire (Loi de la parentèle) et des tests de dépistage au sein de la famille seront recommandés pour les apparentés majeurs.

En France, les consultations d’oncogénétique sont organisées dans un réseau coordonné par l’Institut National du Cancer (INCa) qui met à disposition une carte et un annuaire actualisés des consultations d’oncogénétique :  https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/l-organisation-de-l-offre-de-soins/organisation-des-soins-pour-les-predispositions-genetiques/le-dispositif-national-d-oncogenetique

Chez les personnes porteuses d’un syndrome de Lynch, un programme de surveillance personnalisé est établi afin de dépister les cancers du spectre et de proposer un traitement adapté des lésions précancéreuses ou préventif (chirurgie de prévention). Il repose habituellement sur :

  • Des coloscopies complètes régulières (en général tous les 2 ans dès 20–25 ans), parfois associées à une endoscopie oesogastroduodénale répétée ;
  • Chez les femmes, un suivi gynécologique annuel à partir de 30–35 ans, avec la possibilité de discuter une chirurgie prophylactique à partir de 40 ans et une fois le projet parental accompli ;
  • Un bilan biologique annuelavec au minimum NFS, plaquettes, bilan du fer.
  • La surveillance d’autres organes se définit selon l’histoire familiale et le gène porteur du variant pathogène, le respect des dépistages organisés (sein, prostate, etc.), des conseils d’hygiène de vie ;
  • La mise en place d’un Plan Personnalisé de Suivi dans un réseau de suivi multidisciplinaire est recommandée. Les réseaux de suivi multidisciplinaire sont déployés sur le territoire en liaison étroite avec les consultations d’oncogénétique.

Dans le syndrome de Lynch, les tumeurs présentent toujours une instabilité microsatellitaire (MSI), recherchée lors de l’analyse de la tumeur. Cette particularité rend certains cancers dits MSI très sensibles aux traitements par immunothérapie, parfois associés aux traitements classiques (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie), selon le stade et les recommandations en vigueur.

Vivre avec ce syndrome soulève de nombreuses questions (relation aux proches, organisation des surveillances, impact sur le travail, les assurances, les projets de vie). Le dialogue avec l’équipe médicale est essentiel, mais le soutien d’autres personnes concernées est également précieux.

La Fondation A.R.CA.D travaille en lien étroit avec l’Association Syndrome de Lynch France, association de patients reconnue d’intérêt général. Animée par des bénévoles eux-mêmes concernés, elle informe sur le syndrome et sa prise en charge, propose une écoute bienveillante aux personnes et aux familles, relaie les recommandations de surveillance et les avancées de la recherche, favorise les échanges entre patients et soignants et accompagne les démarches pratiques.

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